Le Mur+1

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LE MUR +1

 

Le Mur, j’y fais face maintenant en venant à votre rencontre manifester mon action. Le dimanche 22 juin 2014, je suis venue apprécier l’exposition en cours à la Maison rouge et ajouter un élément à l’ensemble de la collection d’Antoine de Galbert. Sur le mur 25, à droite à environ un mètre de hauteur a été  collé une plaque dorée de 2,7 x 7,8 cm avec l’inscription noire « Art et justice, servez-vous. ».

 

Cette intrusion dans la collection présentée d’Antoine de Galbert résonne pour moi comme l’élément +1 d’un système mathématique d’une part et de pensée d’autre part.

 

La plaque   « Art et justice, servez-vous. » est une partie de mon travail présenté lors  de l’exposition collective Art.0  ayant eu lieu en septembre 2013 au Palais de justice de Lyon puis à la Galerie Le laboratoire.

Dans le cadre de l’exposition initiale cette plaque engageait les liens intrinsèques de l’Homme à la Justice, de l’Homme à l’Art et par conséquent de la Justice à l’Art. Les deux pratiques sont témoins, réflecteurs et catalyseurs du fonctionnement d’une société. Elles ont, selon moi, des points communs. L’Art et la Justice doivent être en perpétuel renouvellement, en réactivité avec le contexte de société dans lequel elles se trouvent. Ceci les rend fragiles, non-immortelles, elles peuvent se désagréger si une attention particulière ne leur est pas portée. L’effritement et l’oubli de l’un entraînant la perte de l’autre, ainsi cette proposition « Art et justice, servez-vous. » ne propose rien d’établit, c’est une invitation à les envisager et les utiliser. Ceci non sans référence au prospectus gratuit distribué en libre-service qui, sous couvert de gratuité, formulent l’attente d’un retour d’action.  C’est cette vision, à la fois utopique et apocalyptique de l’utilisation des médiums art et justice qui me semble porteuse de la nécessité de leur maintenir une attention permanente.

 

 

Intrusion : Le mur

Le geste de l’intrusion est venu ici comme un graphe supplémentaire sur une fresque saturée. Comment produire et montrer dans un flot d’informations déjà existantes ? Ici, ce sont des informations privées auxquelles je prends part par cette infiltration dans l’exposition de la collection privée d’Antoine de Galbert. C’est une histoire individuelle tout en étant un choix d’histoire artistique auxquels je me greffe. Un parasitage dont je ne connais les conséquences mais où la recherche de liens humains, de liens d’idées, de liens propices à de nouvelles actions, est privilégié.

La démarche d’accrochage choisie pour Le mur, via la formule « Méthode de Monte-Carlo » a incité mon logiciel à en faire de même et rechercher un espace libre approprié au format de ma plaque. Le logiciel utilisé pour la mise en place de l’exposition a bien sûr pris en compte seulement les éléments lui ayant été renseignés. Le classement, l’ordonnancement est interne, sans prise en compte d’éléments externes, créant des espaces de vacuité.  Je fais un parallèle avec la biologie et le développement d’espèce : ces espaces vacants dans Le mur sont ainsi des niches écologiques possibles pour un développement artistique d’espèces profiteuses. Le jeu est là, dans ce choix d’espace à occuper, de savoir où se placer pour que l’espèce humaine et l’espèce d’art prolifèrent et interagissent.

L’absence de cartels induite par cette logique d’accrochage place les œuvres dans un rapport initial de subjectivité vis-à-vis du spectateur, détaché de la valeur historique, artistique, nominative, marchande. Posture me permettant ainsi en jeune artiste, par une visibilité dépersonnalisée, un regard sans a priori de la part des observateurs.  Dans un second temps l’information, accessible aux bornes numériques, rompt une part du contrat de subjectivité, retournant vers une qualification des œuvres.

 

Je place donc mon intervention sur plusieurs plans. La première, vis-à-vis  d’Antoine de Galbert, est un élément perturbateur venant s’insinuer dans la représentation de son portrait artistique via sa collection privée.  Là viennent des questions, comme de potentiels impacts : Quelles conséquences sur un système peuvent avoir l’arrivée d’un élément externe ? Comment va prendre la greffe d’idée? Quels vont être les temps d’action et leur durée pour le traitement des informations ? De quelle forme sera le retour d’information?

La seconde vis-à-vis du logiciel d’accrochage est un parallèle à l’établissement de systèmes d’organisation de l’information, un pied de nez à l’omission d’activités annexes à une structure. Le logiciel ne pouvant pas me répondre, c’est un constat pour nos infrastructures et réseaux de leurs limites d’étendues et d’intégrations. La richesse de circuits provenant des espaces souples, de zones d’échanges.

Le troisième est vis-à-vis des spectateurs, visiteurs de l’exposition dans son ensemble puisque cette intervention fait partie d’un tout dont les éléments se croisent par l’aléatoire du regard porté. Puis les visiteurs dont le parcours visuel et mental s’est arrêté sur la plaque « Art et Justice, servez-vous. ». Une partie en intégrant, recoupant cet élément à la multitude d’autres présents, d’autres via les bornes numériques découvrant l’absence de référencement de cette pièce. Réaction  ou non, face à un élément fantôme dans ce grand ensemble.

Le second et le troisième point se recoupent dans leurs ouvertures interrogatives. Comment intégrer l’inconnu dans une recherche ? Comment se manifeste le hasard entre l’homme et la machine ? De l’Homme à l’Homme augmenté, quels sont les différences et possibilités d’intégration de l’information ?

 

 

Art et Justice dans Le mur

 Je ne peux nier qu’une partie de cette exposition n’est pas liée à l’aléatoire. D’entrée, l’annonce du point de vue est actée par les deux tableaux choisis : The Gathering et Painting of  the light. Antoine de Galbert s’il n’est pas le commissaire habituel dans la direction de l’exposition en est le collectionneur. Ainsi est indiquée l’arrivée dans un état d’esprit et une part explicité visuellement, de celui-ci. Certes c’est un ensemble d’œuvres proposées, c’est par là même un regard sur le monde de l’Homme et celui de l’art. Ce monde de l’Homme, je m’y introduis par naissance. Le monde de l’art par ces lois est inclus dans le « grand monde ». Avec la citation « Art et Justice, servez-vous », je prends ma part de justice dans ce jugement final, cet état post-apocalyptique à savoir que « certains seront sauvés quand d’autres seront damnés ». Tendant vers l’art salvateur comme moyen de repousser le vide. Il faut sans peur découvrir la seconde qui suit, alors qu’elle s’esquisse à peine, déjà une autre surgit. La lumière éphémère de Hans-Peter Feldmann ne s’active réellement qu’en présence du meilleur des médiums, la pensée. Mon intrusion in-collection s’axe vers cette quête d’utopisme, d’une idée qui lorsqu’elle surgit crée  l’innappropriable, l’inquantifiable ni qualifiable collection d’instants et de mémoires individuelles. La collection absolue.

C’est un service mental proposé, qui lorsqu’il s’active, « le spectateur se sert », ajoute un élément à la collection. Cette mémoire est pourtant tributaire d’une durée de vie, ainsi la forme de la collection se meut selon la quantité de porteurs de cette activation et leur placement géographique.  Je reviens vers l’homme et l’homme augmenté afin de mettre en valeur l’information portée par le corps physique en parallèle des extensions de supports d’informations. L’invisible mise en exergue de la pensée pour en révéler les matrices et stimuler leurs interactions.

 

Dans l’équation de cette disposition d’exposition, vient l’inconnu maîtrisé et l’inconnu intégré. J’arrive en deuxième élément perturbateur. Le premier, Claude Rutault, avec l’ironie du caméléon a été intégré au système, véhiculant une information à peine visible, ton sur ton. Par jeu avec les énoncés de lois et de l’auteur en art, il vient compléter le non choix de réalisation de commissariat d’exposition, tout en étant un choix initial. En élément perturbateur non prévu, la posture de mon intervention est de marquer la modularité des contextes d’exposition autant que des histoires individuelles interagissant avec les éléments non inclus et pourtant liés par porosité.

 

 

L’intérêt de ces différentes action est semblable, celle de stimuler la création de connections d’idées et d’objets, de voir la diversité de réactions face à l’information et sa circulation. L’interopérabilité de toutes ces parties réflexives devient un merveilleux lieu de ressource, d’innovation et de création, d’utiles et d’oisifs, de sérieux et d’absurdes. La réalisation majeure réside dans le terrain de réflexion de chacun, cette mémoire impalpable en perpétuel +1.

 

 

 

Jeune artiste plasticienne, Jill EOT, j’axe l’impact du geste tant physique que moral, en principal initiateur de production. Par le biais d’assemblages et de recouvrements d’objets détournés de leur fonction, l’interaction intuitive et accidentelle créent des concours de circonstance dialoguant avec les surfaces et l’environnement physique proche. Une parole, une action ayant un impact, la notion d’historiographie se révèle être majeure dans la lecture du rapport objets/surface. Mes productions sont des trames de récits. Les couleurs, les géométries, les matières sont les passerelles visuelles entre les supports, l’action commune entre les objets. Les sens de lectures sont multiples, d’un objet vers un autre, d’un objet vers la surface, de la surface vers un objet ou plusieurs objets… Le tout étant la cartographie d’un système-individu, d’un système-social, d’un système-système. Les assemblages d’objets sont en filigranes des artefacts face à leurs contextes géographiques et historiques potentiels. Les liens abstraits relèvent de phénomènes tout à fait réels, les interactions visuelles étant une métaphore des imbrications culturelles individuelles et groupales, qui sont les marqueurs de la responsabilité sociale. Chaque production est un réseau inclus dans le réseau de l’exposition, elle-même dans un tissu social, comme la cellule d’un organe dans un corps. In fine, en explicitant les matrices d’autres réseaux, la création réside dans les liens mentaux, invisibles expériences de l’observateur.

 

 

Je soussigné Jill EOT certifie l’ajout d’un élément le 22 juin 2014 dans l’exposition Le mur se tenant à la Maison rouge du 14 juin au 21 septembre 2014.

Titre : +1

Dimension : plaque gravée de 2,7×7,8 cm, son environnement d’exposition et la collection de mémoire de la plaque .

Date : 22 juin 2014

 

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